Guy Taillefer
Le Devoir
11 septembre 2014
Dans la foulée de la mort en août du jeune Noir Michael Brown aux mains d’un policier et des émeutes qui ont secoué Ferguson, au Missouri, la petite municipalité de banlieue a annoncé en début de semaine la création d’un comité de surveillance de la police et promis des réformes au système de justice local. Que ces changements soient pérennisés, et cela pourrait contribuer notablement à améliorer les relations raciales à Ferguson. On a beaucoup parlé en lien avec ces événements de la militarisation des services de police municipaux aux États-Unis. Un problème non moins patent est celui par lequel ces petits gouvernements se servent de leur police et de leur tribunal locaux pour boucler leur budget sur le dos des pauvres.
Dans le comté de Saint-Louis, qui regroupe 90 microvilles, dont celle de Ferguson, la situation est depuis longtemps devenue chronique. Un grand nombre d’entre elles tirent au moins 40 % de leurs revenus en frais de cour et en amendes. Bel-Ridge, par exemple, voisine de Ferguson : une municipalité de 2700 habitants, dont 83 % sont noirs et dont 42 % vivent sous le seuil de pauvreté. En 2013, sa cour municipale a distribué 7700 citations à comparaître et lancé 1723 mandats d’arrestation, en grande partie pour cause d’infractions routières. Une ONG locale a calculé que la Ville toucherait cette année 450 $ par foyer en amendes de toutes sortes pour des fautes généralement mineures. Bel-Ridge, qui ne recule apparemment devant rien pour garnir ses coffres, va jusqu’à donner des amendes aux résidants qui n’ont pas souscrit au seul service privé qui est autorisé à ramasser les poubelles.
On comprend que cette aberrante surcriminalisation, qui est aussi une manifestation de l’obsession carcérale américaine, repose sur un système de racisme institutionnalisé. La population de Ferguson est noire dans une proportion de 70 %, mais seulement 3 des 53 membres de sa police sont noirs. C’est en réaction à ce harcèlement organisé à des fins budgétaires depuis des décennies que Ferguson a explosé, et non pas strictement en réaction à la mort de Michael Brown.
Des efforts sont faits pour convaincre tous ces seigneurs de renoncer à leur fief et de fusionner, mais sans grands résultats. Si du reste la situation dans le comté de Saint-Louis tient de l’extrême, elle n’est pas pour autant exceptionnelle. Ferguson a révélé la présence croissante d’une « monstruosité orwellienne » aux États-Unis, commente Jonathan Chait, du New York Magazine. Les Américains, dit-il, sont entourés de « gros petits gouvernements » échappant à tout contrôle et abusant de leur pouvoir. Small, en l’occurrence, is not beautiful.

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