Fabien Deglise
Les mutations tranquilles
Le Devoir
À côté de la plaque! Si le référendum sur l'indépendance de l'Écosse, qui vient tout juste d'être remporté par le camp des unionistes pro-UK, s'était joué dans les univers numériques, le «oui» l'aurait remporté.
Ce constat troublant, des chercheurs britanniques viennent de le réaliser,
confirmant une fois de plus que les réseaux sociaux, face aux mouvements de
foules et aux décisions collectives (mais pas que), sont finalement des espaces
choyés, non pas pour témoigner de la réalité, mais surtout pour en offrir une
vision déformée.
Un doute? La mesure des
messages qui ont transité sur le réseau Twitter le jour de la votation donnait
en effet la victoire aux indépendantistes, avec un résultat évalué à 54 % en
faveur de «oui», a établi une analyse de contenu menée par des chercheurs de la Robert Gordon University
(RGU). Après dépouillement des bulletins de vote, c'est finalement l'inverse
qui s'est produit, dans la nuit de jeudi à vendredi, avec 55,3 % des voix
récoltées par le camp du «non».
Et tout ça, n'est finalement
pas très moderne. À une autre époque, bien avant l'entrée de l'Écosse sous le
giron britannique, il y a 307 ans, on croyait en effet que la terre était
plate, non pas parce qu'elle l'était, mais bien parce que ceux qui avaient la
meilleure lecture du réel n'arrivaient pas à parler assez fort face à un groupe
qui faisait lui un peu trop de bruit.ux indépendantistes, avec un résultat évalué
à 54 % en faveur de «oui», a établi une analyse de
contenu menée par des chercheurs de la Robert Gordon University
(RGU). Après dépouillement des bulletins de vote, c'est finalement l'inverse
qui s'est produit, dans la nuit de jeudi à vendredi, avec 55,3 % des voix
récoltées par le camp du «non».
La distorsion est loin d'être surprenante, alors que dans les dernières
semaines, les militants pour l'indépendance de l'Écosse ont occupé les nouveaux
territoires dématérialisés de l'existence et de l'engagement avec un peu plus
d'engouement que les autres. Preuves en vrac: sur le réseau marqué d'un oiseau,
les mots-clics #VoteYes et #YesScotland ont été trois fois plus utilisés que
ceux émis par les opposants au projet d'indépendance #bettertogether et
#NoThanks, a constaté le bureau
britannique de Twitter. Sur Facebook, c'est la même histoire décalée
qui s'est jouée, avec des appuis largement plus affichés en faveur du «oui» (336 000
«j'aime») que du «non»,
salué de 220 000 «j'aime».
À l'heure des bilans, on constate donc que l'opinion publique, sur la question
de l'indépendance, était finalement ailleurs et que les réseaux sociaux peuvent
facilement devenir des outils de désinformation plutôt que d'information, des
espaces de propagande organique même, soutenue par des hordes d'humains
certainement pleins de bonnes intentions et de belles convictions, mais qui au
final ont fini, malgré eux, par nier une réalité, en groupe.
Et tout ça, n'est finalement pas très moderne. À une autre époque, bien avant
l'entrée de l'Écosse sous le giron britannique, il y a 307 ans, on croyait en
effet que la terre était plate, non pas parce qu'elle l'était, mais bien parce
que ceux qui avaient la meilleure lecture du réel n'arrivaient pas à parler
assez fort face à un groupe qui faisait lui un peu trop de bruit.
