mardi 2 décembre 2014

Sarkozy président de l'UMP: Le chef contrarié



Serge Truffaut
Le Devoir 

Il y a un mois de cela, Nicolas Sarkozy et ses fidèles grognards avaient la certitude que la course à la présidence de l’UMP se métamorphoserait en un plébiscite. En termes comptables, les uns et les autres s’attendaient donc à ce que leur champion remporte 80 % des suffrages. Au début de la semaine dernière, les gages accordés par l’ex-président lors de sa campagne à la frange catholique de son parti et les conséquences néfastes pour lui que cette position avait entraînées ont eu pour effet de ramener leur objectif au total suivant : 70 %. Le résultat final ? Moins de 65 %.

Ce volume de votes a évité à Sarkozy l’humiliation d’un deuxième tour. Mais reste que le 30 % récolté par son principal concurrent Bruno Le Maire le met dans l’obligation de remiser ses espérances au rayon des ambitions perdues. Plus précisément, on voit mal comment il pourrait éviter la mise en branle à court terme de la mécanique inhérente à la tenue des primaires réclamées à cor et à cri par ses principaux adversaires pour la présidentielle de 2017, soit Alain Juppé et François Fillon.   

Il faut rappeler et souligner que Sarkozy s’est toujours opposé à ces primaires. Il croyait dur comme fer que la seule annonce de son retour sur le devant de la scène renverrait l’évocation de cet exercice éminemment démocratique au catalogue des objets politiques non identifiés. Il pensait dur comme fer que la fin officielle de sa retraite se traduirait à terme par l’abandon des ambitions présidentielles qui habitent Juppé comme Fillon. Mais voilà, le parcours de Le Maire, sa performance, est venu embrouiller la feuille de route de Sarko, comme le surnomment ses partisans. D’autant…

D’autant plus que la performance en question vient compliquer passablement les plans de l’ex-président, mais aussi de Juppé et Fillon. En effet, depuis lundi matin des caciques de l’UMP estiment que les 30 % alloués à Le Maire vont probablement le convaincre que la préservation de ses intérêts politiques et l’expansion de ceux-ci en vue de l’élection au poste suprême en 2022 passent par l’annonce de sa candidature aux primaires prévues en 2016. Bref, Le Maire est désormais un poids lourd de la politique française.

En attendant la suite de ce feuilleton digne d’un épisode de La comédie humaine, on retiendra ces mots de son porte-parole : « Le score de Nicolas Sarkozy lui permet d’être assez fort pour imposer le changement à l’UMP, mais cela l’oblige à écouter tout le monde. » Quand on sait combien Sarko a le culte de lui-même dire de lui qu’il est condamné à écouter tout le monde, cela revient à illustrer la fameuse contradiction dans les termes.

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Sarkozy-Survivor vu par Le Maire

Bruno Le Maire à gauche
En 2013 l'auteur du livre Des hommes d'État et ancien ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire, a publié un  ouvrage dont Nicolas Sarkozy était le personnage central.

Nicolas Sarkozy au centre du livre de Bruno Le Maire (Jours de pouvoir, paru  chez Gallimard). On y découvre un festival de phrases assassines de l’ancien président : "Ces sondeurs, ce sont de vrais blaires. […] Notre campagne, ça doit être une surprise par jour. 2007, c’était l’empereur ; 2012, ce sera Survivor […] Villepin, il est comme Juppé, ce sont des seconds […] Chirac, maintenant qu’il n’a plus le pouvoir pour le tenir, tout s’effondre, tout […] Fillon, vous voulez que je lui dise de se remuer plus? Je lui dirai ; pour la milliardième fois ; et ça changera rien."

Slogan à ne pas oublier: « Le renouveau, c’est Bruno »

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