La lutte contre les passeurs est la priorité. Mais on mesure une fois encore l'incapacité de l'Europe à traiter l'ensemble du problème.
Face à l’arrivée massive de migrants illégaux sur des cargos fantômes venus du sud de la Méditerranée, la lutte contre les passeurs est la priorité. Mais on mesure une fois encore l’incapacité de l’Europe à traiter l’ensemble du problème.
La situation politique au sud de la Méditerranée est la motivation la plus forte qui pousse les migrants vers l’Europe. L’Union européenne, et la France en particulier, ont ici une part de responsabilité. L’un des axes de la politique du président Sarkozy était constitué par le projet de l’Union pour la Méditerranée. On se souvient notamment de l’accueil, à Paris, des présidents Assad et Kadhafi. On mesure aujourd’hui l’étendue du désastre. L’intervention en Libye pour chasser le « tyran » a fait de ce pays un chaos, un repaire de terroristes et une passoire pour les migrants de la corne de l’Afrique. La guerre civile en Syrie a failli voir la France engagée au premier rang dans cette tragédie suscitée comme celle de l’Irak par la politique américaine. Le rétablissement de la paix par l’écrasement de l’État islamique, et avec le soutien du régime de Damas, devrait être la priorité. Ce serait, notamment, le seul moyen d’arrêter l’exode des minorités religieuses, et notamment des chrétiens, présents dans cette région du monde bien avant les musulmans.
Bien sûr, l’économie a toute sa part dans ce mouvement de population. Mais cette part ne saurait se réduire à deux arguments paralysants : l’Europe a un besoin démographique d’immigrés pour compenser son déficit et occuper les emplois délaissés par les autochtones ; sa « richesse » doit l’appeler à la générosité et à l’accueil. Le bon sens demande de tempérer ce fatalisme. D’abord, certains immigrés ne sont pas pauvres et ont même payé jusqu’à 5.000 euros leur passage. Leur niveau de formation leur permettra sans doute une insertion économique, mais ce sera au détriment des pays d’origine et en faveur d’une pression sur les rémunérations chez nous. Les pays européens connaissent des situations différentes qui rendent absurde une politique commune sur les bases actuelles. Le déficit démographique allemand peut être compensé par les migrations intra-européennes. La France voit sa population augmenter, et attire surtout les migrants par ses prestations sociales qui sont une charge et non un avantage pour elle. Le Royaume-Uni et son plein-emploi sont un aimant à bas salaires et à petits boulots, d’où le problème récurrent de Calais. La priorité des Européens n’est pas l’accueil, mais le développement des pays d’origine. C’est là que se situe la vraie réponse à la pauvreté.
Face au problème, le diplodocus européen et son petit cerveau bruxellois bricolent des solutions aux noms pompeux, aux finalités ronflantes et qui se révèlent inefficaces. C’est ainsi que depuis le programme de La Haye, en 2004, est née FRONTEX, l’Agence européenne pour la coopération opérationnelle aux frontières extérieures, promise à « un haut niveau d’efficacité » comme tout ce que fait la technocratie européenne, bien sûr… Récemment l’opération Mare Nostrum qui permettait à la marine italienne d’aller récupérer les embarcations assez loin a été remplacée par Triton, menée par FRONTEX plus près des côtes et avec moins de moyens. Les passeurs se sont adaptés, en passant de l’esquif au cargo. De détaillants, ils sont devenus grossistes : bravo, FRONTEX ! Trois arrivées massives en quelques jours !
Source: Boulevard Voltaire
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