Photo: Frédérick Florin Agence France-PresseForcé à l’exil, Edward Snowden incarne le sacrifice personnel, parfois démesuré, qui accompagne la mise au jour d’abus.
Fabien Deglise
Le Devoir
Seul au monde
Révéler, ce serait souffrir. Stéphanie Gibaud, ex-employée de la banque suisse UBS, l’affirme haut et fort, elle qui a fait basculer sa vie professionnelle et sa vie privée en juillet 2008, après avoir dénoncé les pratiques douteuses de son employeur : UBS organisait des soirées mondaines pour recruter de riches Européens en vue d’envoyer leur argent dans des paradis fiscaux.
Une prospection illégale dans le droit européen. « Quand on devient un lanceur d’alerte, on se retrouve très vite tout seul, abandonné et attaqué par les personnes ciblées par nos révélations, résume, à l’autre bout du fil, celle qui appuie ouvertement et avec conviction le lancement de la plate-forme. Il y a manipulation. Il y a atteinte portée à la réputation. Il y a intimidation. Si PILA avait existé à l’époque où j’ai fait mes révélations, j’aurais certainement vécu tout cela d’une autre façon. »
Forcé à l’exil depuis plus d’un an, après ses révélations, Edward Snowden incarne le sacrifice personnel, parfois démesuré, qui accompagne la mise au jour d’abus, particulièrement lorsqu’ils sont le fait d’administrations publiques et d’États. « Les lanceurs d’alerte se retrouvent rapidement face à des situations complexes qui nécessitent des services juridiques personnalisés, dit M. Bourdon, auteur du Petit manuel de désobéissance citoyenne (JC Lattès). Cet appui juridique doit aussi devenir global, lorsque l’enjeu de leurs révélations le devient également. »
Espace de protection
Présentée comme un « bouclier de solidarité internationale », cette nouvelle plate-forme serait « plus que nécessaire » selon l’avocat, particulièrement à une époque, dit-il, où les défenseurs des droits civils, les militants anticorruption, les chiens de garde de la démocratie sensibles aux dérives liberticides, se voient aussi menacés que les dissidents dans des régimes totalitaires, résume-t-il. « C’est l’abri qui leur manque et que nous voulons leur offrir, dit M. Bourdon, un espace de protection où ces lanceurs d’alerte vont pouvoir également s’épanouir, trouver une oreille attentive, de l’appui aussi pour concrétiser leur envie de dénoncer des abus. »
Incubateur, en somme, sous un parapluie ? L’homme de loi répond : oui, en soulignant que tout le monde peut y trouver son compte : dénonciateurs, citoyens, comme journalistes d’ailleurs ; le quotidien français dématérialisé Mediapart, qui carbure aux révélations et le Consortium international des journalistes d’enquête, sont au nombre des institutions à l’origine de cette plate-forme juridique qui naît au présent. Pour le futur.

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